Si vous ouvrez GA4 lundi matin et que votre canal Organic Shopping est tombé d’une falaise depuis le 17 septembre, arrêtez tout de suite de chercher votre tag cassé : il n’y en a pas. Les 17 et 18 septembre 2026, sur environ 48 heures et sans la moindre annonce préalable, Google a retiré les fiches produit gratuites et les carrousels « produits populaires » de ses résultats dans tout l’Espace économique européen. Les trackers indépendants relèvent des chutes de 90 à 100 % en France, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et en Suède, pendant que les mêmes formats restent parfaitement stables au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie. C’est un test de contrôle géographique parfait, et n’importe qui peut le vérifier.
Les fiches gratuites Google Shopping supprimées, c’est une décision de conformité au Digital Markets Act, pas un bug de votre côté ni une pénalité. Voilà pour le contexte, et c’est à peu près tout ce que vous avez besoin d’en savoir. Le vrai sujet, celui que personne n’écrit, c’est comment trancher en trente minutes : confirmer que la baisse est bien exogène, isoler proprement le trafic fiches gratuites, chiffrer ce que vous avez réellement perdu, et reconstruire un reporting qui ne compare plus des pommes et des poires à partir du 17 septembre. C’est un mode d’emploi de praticien, et il vaut pour la prochaine surface que Google retirera.
Où la baisse se voit dans GA4, et pourquoi c’est piégeux
Premier réflexe de tout le monde : ouvrir le rapport source/medium. Et là, surprise, tout a l’air normal. Le source / medium de vos anciennes fiches gratuites, c’est google / organic, exactement comme votre SEO produit classique. La suppression des fiches gratuites Google Shopping n’apparaît donc pas dans un rapport source/medium : elle est noyée dans votre trafic organique global.
Là où elle se voit, c’est dans le Default Channel Group. GA4 range le trafic fiches gratuites dans le canal Organic Shopping (libellé « Achats organiques » dans l’interface française), pas dans Organic Search. La règle de classification n’utilise pas que le medium : elle s’appuie sur des signaux supplémentaires, notamment le lien Merchant Center et le paramètre d’auto-tagging. Résultat, vous avez un canal Organic Shopping qui s’effondre à zéro pendant que votre google / organic bouge à peine, parce que la part fiches gratuites y était minoritaire face au SEO classique.
C’est le piège de lecture numéro un, et il coûte cher. Un responsable acquisition qui ne regarde que le source/medium va attribuer la baisse au mauvais endroit, ou pire, ne pas la voir du tout et découvrir le trou un mois plus tard dans le CA. Si vous voulez la mécanique complète de ces regroupements de sources et de la façon dont GA4 décide du canal, je l’ai détaillée dans la dimension Source Group GA4. Pour ce cas précis, retenez une chose : la perte vit dans le canal, pas dans le source/medium.
Isoler proprement le trafic fiches gratuites : le paramètre srsltid
Le canal Organic Shopping vous donne l’ordre de grandeur, mais il agrège plusieurs surfaces Shopping. Pour isoler chirurgicalement le trafic fiches gratuites, il y a un seul signal fiable : srsltid.
Ce qu’est srsltid
srsltid est le paramètre d’auto-tagging que Merchant Center ajoute aux URLs de clic sur vos fiches gratuites et sur les surfaces Shopping. Chaque clic issu d’une fiche gratuite arrive sur votre site avec un srsltid dans l’URL. C’est votre marqueur : présence de srsltid, donc clic fiche gratuite. Personne ne fait ce lien en français appliqué à ce contexte, et c’est pourtant le cœur de la mesure.
Le piège GA4, et pourquoi il faut passer par BigQuery
Dans l’interface GA4, srsltid est ingérable. Le paramètre génère quantité de page_location uniques sans nouveau chargement de page, ce qui pollue vos rapports de pages et fait apparaître des URLs mal agrégées, voire absentes. Pire, GA4 stocke dans page_location une valeur de srsltid encodée et brouillée, alors que la vraie valeur du paramètre vit ailleurs.
Dans l’export BigQuery, la valeur réelle se trouve dans collected_traffic_source.srsltid. La conséquence pratique est double : pour compter des URLs uniques, il faut d’abord nettoyer page_location du paramètre srsltid, sinon vous gonflez artificiellement votre nombre de pages ; et pour isoler le trafic fiches gratuites, il faut lire collected_traffic_source.srsltid, pas fouiller page_location.
La requête BigQuery à copier
Voici la requête qui vous donne sessions, utilisateurs et revenu par jour pour le trafic fiches gratuites, sur une fenêtre 1er août à aujourd’hui, avec la bascule du 17 septembre visible sur une seule ligne. Remplacez votre_projet.analytics_XXXXXX par votre dataset.
SELECT
PARSE_DATE('%Y%m%d', event_date) AS jour,
COUNT(DISTINCT CONCAT(user_pseudo_id,
(SELECT value.int_value FROM UNNEST(event_params)
WHERE key = 'ga_session_id'))) AS sessions,
COUNT(DISTINCT user_pseudo_id) AS utilisateurs,
ROUND(SUM(ecommerce.purchase_revenue), 2) AS revenu
FROM `votre_projet.analytics_XXXXXX.events_*`
WHERE _TABLE_SUFFIX BETWEEN '20260801'
AND FORMAT_DATE('%Y%m%d', CURRENT_DATE())
AND collected_traffic_source.srsltid IS NOT NULL
GROUP BY jour
ORDER BY jour;
Vous verrez le revenu et les sessions fiches gratuites tenir leur niveau jusqu’au 16 septembre, puis chuter vers zéro. C’est votre preuve chiffrée, datée, et défendable en réunion. Pour aller plus loin sur ce type d’analyse, le recettier complet est dans les 10 requêtes BigQuery indispensables pour GA4 en 2026. Et si vous n’avez pas encore d’export BigQuery actif, impossible de lire collected_traffic_source : commencez par brancher l’export GA4 vers BigQuery, c’est le prérequis.
Un dernier point, et il est contre-intuitif. GA4 propose d’exclure srsltid des paramètres de requête dans les paramètres de flux, pour nettoyer vos rapports de pages. Ne l’activez surtout pas avant d’avoir fini de mesurer : cette exclusion écrase précisément le signal dont vous avez besoin pour isoler le trafic fiches gratuites. On nettoie après, pas pendant.
Le recoupement Search Console
BigQuery vous dit ce que votre site a collecté. Search Console vous dit ce que Google a servi, indépendamment de votre tag. Les deux ensemble tranchent une question simple mais cruciale : la surface a-t-elle disparu, ou est-ce mon tag qui ne collecte plus ?
Dans le rapport de performance, filtrez sur l’apparence dans les résultats de recherche « fiches marchand ». Vous obtenez impressions et clics côté Google pour vos fiches gratuites. Si les impressions s’effondrent au 17 septembre, la surface a bien disparu, et votre tag n’y est pour rien. Si les impressions tiennent mais que vos sessions GA4 chutent, alors c’est un problème de collecte, et ce n’est pas le sujet de cet article. Cette logique de recoupement est exactement l’arbre de décision que j’ai détaillé dans GA4 données manquantes : bug Google ou votre tracking ? ; ce cas en est l’illustration parfaite. Pour exploiter à fond le croisement GSC et GA4, voir aussi 5 analyses SEO avec GA4 et Search Console.
Le test de cannibalisation : combien est vraiment perdu
C’est la section qui évite la mauvaise décision budgétaire. Le delta de votre canal Organic Shopping n’est pas votre perte nette, parce qu’une partie du trafic se reporte ailleurs.
Trois reports possibles. Le produit reste indexé dans les résultats web classiques, donc une part du trafic bascule vers l’Organic Search. Une autre part se reporte sur le Shopping payant, les mêmes requêtes n’ayant plus d’alternative gratuite. Une dernière part part chez les comparateurs, les fameux CSS, qui récupèrent l’espace libéré et prennent leur marge au passage.
La méthode est simple. Sur la même fenêtre avant et après le 17 septembre, et par landing page produit, comparez les sessions Organic Shopping, Organic Search et Paid Shopping. Votre perte nette, c’est le delta global sur les trois canaux, pas le trou du seul Organic Shopping. Si votre Paid Shopping et votre Organic Search montent en miroir de la chute, une partie de vos clients revient par une autre porte, et votre perte réelle est plus faible que le canal Organic Shopping ne le laisse croire.
Un garde-fou honnête, parce qu’il en faut un : deux jours de données ne permettent de conclure sur rien. Attendez au moins 14 jours après la bascule avant de trancher, et méfiez-vous de la saisonnalité : la rentrée et l’approche du Black Friday polluent la lecture. Un article qui vous ferait décider d’un budget sur 48 heures de données se disqualifierait tout seul. D’ailleurs, si vous devez fiabiliser votre purchase avant même de chiffrer quoi que ce soit, repassez par le suivi e-commerce GA4 via GTM.
Ce qu’il faut faire tout de suite dans le reporting
Avant même de décider quoi que ce soit côté budget, protégez vos chiffres. Voici la check-list :
- Annotez au 17 septembre 2026 dans GA4, Looker Studio et tous vos dashboards partagés. Une baisse non annotée sera mal interprétée dans trois mois par quelqu’un qui n’était pas là.
- Recalez vos comparatifs YoY et MoM. À partir du 17 septembre, comparer avec l’an dernier revient à comparer avec un monde où les fiches gratuites existaient. Ce n’est plus la même surface.
- Prévenez les équipes média et SEO avant qu’elles n’attribuent la baisse à leur travail. C’est le message le plus urgent : personne n’a démérité, la surface a disparu.
- Documentez la méthode d’isolation (srsltid, BigQuery, canal Organic Shopping) dans une note partagée, pour que la prochaine personne qui regarde ces chiffres ne reparte pas de zéro.
La décision budgétaire, en trois cas
Une fois la perte nette chiffrée et stabilisée sur au moins deux semaines, la décision se résume à trois situations. Voici la grille d’arbitrage.
| Situation | Ce que dit la mesure | Ce qu’il faut faire |
|---|---|---|
| Les fiches gratuites pesaient une part significative du CA | Perte nette importante après test de cannibalisation | Arbitrer entre Shopping payant et passage par un CSS, en chiffrant le coût d’acquisition équivalent avant de trancher |
| Les fiches gratuites pesaient une part marginale | Perte nette faible, largement compensée par le report | Ne rien racheter, se contenter d’annoter et de recaler les comparatifs |
| Vous êtes en voyage, hôtellerie ou comparaison de prix | Pas encore touché, mais le motif est le même | Mesurer maintenant, pendant que la baseline existe encore, pour ne pas être aveugle le jour venu |
Un mot sur le premier cas, parce qu’il est piégeux. Racheter du Shopping payant pour combler le trou, c’est une option, pas une recommandation. Vous payez désormais pour un placement qui était gratuit la semaine dernière, et aucune des trois voies (payant, CSS avec sa marge, encaisser la perte) n’équivaut au placement supprimé. Chiffrez le coût d’acquisition équivalent avant de décider, ne le décidez pas dans la panique du lundi matin.
Et gardez la perspective. Google a déjà retiré les fonctionnalités de recherche voyage et les locations de vacances dans l’EEE début septembre 2026, et refondu ses pages de résultats européennes. Les fiches gratuites ne sont pas un cas isolé, c’est un motif de conformité au DMA qui va se répéter sur d’autres verticales. La méthode que vous venez de mettre en place, isoler une surface, la chiffrer proprement, recaler le reporting, elle vous resservira. La prochaine fois, vous ne perdrez pas votre lundi matin à chercher un tag cassé qui n’existe pas.